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Alfred de Musset

1:Sa vie

Alfred de Musset naît à Paris, en 1810. Après de brillantes études au lycée Henri IV, il participe bientôt aux réunions romantiques du Cénacle* chez le poète Nodier, où l’on admire l’aisance du jeune génie, mais ses Contes d’Espagne et d’Italie en 1829 révèlent une âme indépendante, qui semble se moquer également des romantiques et des classiques. En 1832, il publie dans Un spectacle dans un fauteuil « Namouna », « La Coupe et les lèvres » et « À quoi rêvent les jeunes filles », autant d’œuvres destinées à la lecture plutôt qu’à la scène. L’année suivante, il compose deux pièces : André del Sarto et Les Caprices de Marianne.

En 1833, le poète rencontre George Sand : c’est le début d’une grande passion, bientôt rompue, reprise et abandonnée. De la désillusion d’amour, de l’expérience de la douleur, il tire cette leçon lyrique* qu’il formule dans « La Nuit de Mai » : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,/ Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots », et qui inspire en 1836 La Confession d’un enfant du siècle. Musset publie encore des comédies : Le Chandelier,

Il ne faut jurer de rien, et de nombreux poèmes, « L’Espoir en Dieu », « Le Poète déchu ». Mais le poète semble dégoûté de l’amour, des plaisirs même, et de la vie. L’Académie française le reçoit en 1852, mais il n’écrit plus guère, et il meurt en 1857.

2:La poésie de Musset

Enfant du siècle, poète de la jeunesse, poète de l’amour, poète de la débauche, l’image que laisse Musset après lui est multiple. Ses vers respirent l’innocence ou le scepticisme*, la nostalgie ou le cynisme, le badinage ou le désespoir. C’est la dualité essentielle du poète autant que celle de l’homme.

L’amour et la douleur sont l’expérience ordinaire de ses vers : « la souffrance est ma sœur ». Mais de cette douleur, il tire une œuvre : « faire une perle d’une larme », telle est sa poétique. Il ne cesse de le redire : « Fille de la douleur, harmonie ! Harmonie ! » Mais le lyrisme est souvent tempéré par l’ironie du poète. Si son héros est « jeune, par conséquent amoureux », comme l’est Mardoche, il est souvent blasé, ami de la débauche, à l’instar de Rolla. Le héros romantique de Musset est donc un être profondément ambigu. En tout cela, Musset est assurément un enfant du siècle. Toute une génération romantique a pu se reconnaître dans son parcours individuel. Après un siècle dominé par le « hideux sourire » de Voltaire et le déclin de la spiritualité, après les rêves de gloire et de conquête des équipées napoléoniennes, la jeunesse voit ses passions exaltées désormais sans emploi, et Musset ne croit pas à la politique. La mélancolie qui l’habite est le mal du siècle.

Liberté, fantaisie et variété sont les maîtres-mots de ses deux recueils principaux : Premières Poésies et Poésies nouvelles. Il s’y retrouve des poèmes, longs ou brefs, de toute sorte : des dialogues, des narrations comme « Don Paez », un conte oriental, « Namouna », un conte imité de l’Italien Boccace, des lettres, des discours, des fragments, des élégies*, des chansons, bien souvent mises en musique par la suite, des sonnets*, des rondeaux*, des odes, etc., et l’auteur adopte souvent une posture désinvolte, interpellant le lecteur à l’occasion. Le style pathétique et grandiloquent des « Nuits » s’oppose au ton léger des contes. Les vers ont alors la grâce naturelle de la conversation. Mais on a surtout retenu l’image du poète de « Tristesse » : « Dieu parle, il faut qu’on lui réponde. / Le seul bien qui me reste au monde/ Est d’avoir quelquefois pleuré. »

3:Le théâtre de Musset

La Nuit vénitienne en 1830 tombe sous les sifflets des spectateurs mécontents. Désormais, sans renoncer au théâtre, Musset invente la formule nouvelle d’Un spectacle dans un fauteuil : sans plus s’embarrasser des contraintes du genre, il imagine un théâtre plus vivant, plus conforme à son génie, et peut-être, plus conforme à la nature même du théâtre. Les unités d’action, de temps et de lieu explosent, le naturel et le plaisir s’en trouvent mieux.

Les personnages des drames de Musset ressemblent comme des frères à ceux de ses poèmes, et à lui-même : ce sont des héros romantiques, qui ont gardé dans le malheur ou dans la déchéance la nostalgie de la pureté. Franck, le héros de La Coupe et les lèvres et Lorenzaccio, héros éponyme* de la pièce, en sont des exemples frappants.

Ses comédies, qui mettent en scène l’amour, avec finesse, légèreté et profondeur, sont parfois de simples conversations de salon, des « comédies proverbes » comme Il ne faut jurer de rien, ou des pièces plus complexes, comme Les Caprices de Marianne et On ne badine pas avec l’amour.

Ce théâtre, entre marivaudage et tragédie, dérision et désillusion, donne aujourd’hui à Musset la gloire incomparable que ses vers lui avaient assurée au siècle précédent.

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